Diplôme national du brevet, série collège

Session 2008, épreuve de français, centres étrangers (Nice)

On est dans sa chambre, c’est l’hiver. Les volets sont fermés. On entend le vent qui souffle au-dehors. Les parents sont allés se coucher, eux aussi. Ils croient qu’on a éteint depuis longtemps. Mais on a vraiment pas envie de dormir. On a juste gardé la lumière de la petite lampe de chevet, qui fait un cercle jusqu’au milieu des couvertures. Au-delà, l’obscurité de la chambre est de plus en plus mystérieuse.

On a hésité longtemps avant de choisir le livre. Agatha Christie ne fait pas peur, on suit trop l’enquête et on ne fait pas attention au reste. Les aventures de Sherlock Holmes, c’est mieux, avec les brouillards, les chiens, les chemins de fer parfois. Mais il y a trop de dialogues, et Sherlock est si sûr de lui, on ne peut pas penser qu’il va être vaincu.

Finalement, on a choisi L’Île au trésor.

On a bien fait. Dès le début du livre, il y a une ambiance extraordinaire, avec cette auberge près d’une falaise. C’est toujours la tempête là-bas ; on a l’impression que c’est toujours la nuit aussi, avec la mer qui gronde tout près. Et puis Jim Hawkins, le héros, se retrouve vite seul avec sa mère à l’Amiral Benbow.

À sa place, on serait mort de terreur. Le vieux pirate réclame du rhum et se met en colère sans qu’on sache pourquoi. Mais le plus effrayant, c’est quand les autres pirates débarquent dans le pays à la recherche de leur ancien complice. C’est une nuit de pleine lune, et l’aveugle donne des coups de canne sur la route blanche en criant : N’abandonnez pas le vieux Pew, camarades ! Pas le vieux Pew !

Il y a une illustration en couleurs, avec cette image, du noir, du mauve, du blanc. C’est un livre un peu vieux, avec seulement quelques images ? il n’y en aura pas d’autres avant au moins trente pages. On reste longtemps à regarder celle-là. Parfois quand on s’endort, on a peur de devenir aveugle pendant la nuit, alors on se met dans la peau du vieux Pew et c’est étrange, parce que en même temps on a peur qu’il vous donne un coup de canne.

Heureusement, près de soi, on a la petite lumière bleue du radio-réveil et le poster de Droopy2, mais on a l’impression qu’ils sont partis en Angleterre eux aussi, au pays du rhum, de la colère et des naufrages. C’est dangereux de s’endormir là-bas, mais on voudrait quand même on dort si bien près du danger, et les draps sont si chauds, près de la pluie. C’est bien de se faire peur en lisant L’Île au trésor.

Philippe DELERM, « C’est bien de lire un livre qui fait peur », nouvelle extraite de C’est bien , Ed. Milan, 1991.

1 l’Amiral Benbow : nom de l’auberge. 

2 Droopy : personnage de dessin animé.

La numérotation des dans les questions et les réponses ci-dessous correspondent au texte original (consultable ici) 

PREMIÈRE PARTIE

QUESTIONS (15 points)

I- On entend le vent qui souffle au dehors (5 points)

1- En citant le texte, dites précisément où et quand se déroule la scène dans le premier paragraphe. (0,5 point)

La scène se déroule "dans sa chambre, c’est l’hiver" et c'est également la nuit, car les parents sont couchés et la chambre est dans l'obscurité.

2-a- Relevez deux antonymes dans les lignes 3 à 6. (0,5 point)

Les deux antonymes relevés sont : "lumière" (l.4)  et "obscurité"(l.6)

2 -b- En quoi les conditions créées préparent-elles à la lecture ? (0,5 point)

Le narrateur attend la solitude ("les parents sont couchés") et le silence. Il est installé confortablement (dans son lit, sous les couvertures) et se contente d'une petite lampe alors que le reste de la chambre est dans l'obscurité. Cela lui assure à la fois le confort et l'ambiance idéale pour avoir peur.

3- « Mais on a vraiment pas envie de dormir. » (l. 3-4)
a- Quelle est la nature de
mais ? Quelle est sa valeur ? (1 point) 

"Mais" est une conjonction de coordination. Il a une valeur d'opposition.

3 - b- Pourquoi cette phrase est-elle grammaticalement incorrecte ? Quelle information cela vous apporte-t-il sur le narrateur ? Trouvez dans le paragraphe un élément qui confirme votre réponse. (1,5 point)

Cette phrase est grammaticalement incorrecte car il manque une partie de la négation « On n'a pas... ». Ce langage familier montre peut-être que le narrateur est un enfant ou parle comme un enfant. Le mot « parents » confirme cette réponse.

4- « Les parents sont allés se coucher, eux aussi. Ils croient qu’on a éteint depuis longtemps. »
(l. 2-3) Qu’apportent ces précisions ? (1 point)

Ces précisions montrent que certaines conditions sont remplies pour créer une atmosphère propices à la lecture. Les parents couchés permettent d'être seul, au calme. De plus, il y a comme une transgression implicite des règles. Le narrateur semble lire sans que ses parents le sachent et l'y autorisent. Cela crée un frisson supplémentaire (l'interdit).

II- On a choisi L’Île au trésor (4 points) 

1. Donnez la formation et expliquez le sens dans le texte du terme extraordinaire (l. 13).(1 point)

« extra » est le préfixe et « ordinaire » le radical. Cela signifie que cette ambiance est hors de l'ordinaire, hors du commun, peu banale.

2. Que recherche le narrateur en choisissant ce livre ? Donnez deux raisons justifiant votre réponse. (1 point)

Il cherche à se faire peur et à rentrer complètement dans l'ambiance, en s'identifiant au personnage. 

3. En quoi le cadre et les personnages du roman choisi répondent-ils à l’attente du narrateur ? Justifiez votre réponse en relevant quatre éléments différents pris dans les lignes 13 à 22.
(2 points)

L'histoire de L'île au Trésor se passe dans une sinistre « auberge » isolée sur la falaise. Il semble que « c’est toujours la tempête là-bas » ; on a l’impression que « c’est toujours la nuit aussi, avec la mer qui gronde tout près ». Quant aux personnages ils sont effrayants, surtout les pirates (« Mais le plus effrayant, c’est quand les autres pirates débarquent »). 

III- On dort si bien près du danger (6 points)

1 -. « l’aveugle donne des coups de canne » (l. 21-22)/ « on dort si bien près du danger »
a- Quelle est la valeur du présent dans chacune de ces phrases ? (1 point)

Le verbe « donne » a une valeur de présent de narration alors que le verbe « dort » à une valeur de présent de vérité générale.

1 -b- Quelle est la nature de « on » ? D’après vous, dans ce texte, qui pourrait être ce « on » ?(1,5 point)

« On » est un pronom personnel. Il pourrait représenter le narrateur et tous ceux qui sont comme lui (enfants, lecteurs, amateur de livres terrifiants).

1 -c- Dans les lignes 18 à 31, trouvez deux expressions qui montrent que le narrateur s’identifie aux personnages du roman. (1 point)

« A sa place » et « on se met dans la peau du vieux Pew » sont deux expressions qui montrent que le narrateur s'identifie aux personnages du roman. 

2. En vous appuyant sur vos réponses précédentes et en citant le texte, montrez que réalité et fiction se rejoignent. (1 point)

Pour le narrateur la réalité et la fiction se rejoignent car il s'identifie aux personnages et donc se projettent dans le livre. De plus l'usage du présent, brouille davantage les époques et les récits (celui du livre et celui de la réalité du narrateur). Enfin, même les objets qui entourent le narrateur (le radio-réveil et le poster de Droopy) semblent propulsés dans une autre réalité.

3. Selon Philippe Delerm, quels bénéfices peut-on tirer de l’expérience de la lecture ?Vous répondrez à cette question et un paragraphe rédigé et illustré par des citations extraites de la nouvelle (1,5 point)

Selon l'auteur, la lecture permet de s'évader vers une autre réalité, de vivre par procuration des dangers tout en étant à l'abri, confortablement installé dans son lit : «  on dort si bien près du danger, et les draps sont si chauds, près de la pluie ». Cela permet de se dépayser, de partir virtuellement dans d'autres pays, d'autres époques...

RÉÉCRITURE(4 points) 

« On est dans sa chambre, c’est l’hiver. Les volets sont fermés. On entend le vent qui souffle au-dehors. Les parents sont allés se coucher, eux aussi. Ils croient qu’on a éteint depuis longtemps. Mais on a vraiment pas envie de dormir. On a juste gardé la lumière de la petite lampe de chevet, qui fait un cercle jusqu’au milieu des couvertures. Au-delà, l’obscurité de la chambre est de plus en plus mystérieuse. » (l. 1 à 5)

En commençant par « Nous étions dans notre chambre, c’était l’hiver. Les volets étaient fermés… », réécrivez la suite du premier paragraphe du texte en remplaçant on par nous et en employant les temps du passé qui conviennent.